Chercheur à l’INSERM, Institut de Neurosciences de Montpellier, le Dr Nicolas Tricaud s’intéresse aux phénomènes de myélinisation- démyélinisation et aux thérapies géniques dans les Neuropathies Périphériques. Membre du Conseil Scientifique de l’AFNP, il nous éclaire sur le rôle de la cellule de Schwann et la gaine de Myéline :  

Cellule de Schwann et sa gaine de myéline. Dr N.Tricaud.

La myéline du nerf périphérique 

Au cours de l’évolution les organismes animaux ont acquis des tailles de plus en plus élevées. Cet accroissement physique a été possible entre autre grâce à la la formation de nerfs qui conduisent l’information nerveuse entre les différentes parties du corps. Ces distances de plus en plus grandes ont nécessité aussi l’optimisation de la conduction nerveuse afin que l’information nerveuse ne se disperse pas en cours de route et qu’elle se propage à une vitesse maximale. Cette optimisation a été obtenue par la mise en place de la myélinisation des fibres nerveuses à la fois dans le système nerveux central (cerveau et moelle épinière) et dans le système nerveux périphérique (nerfs). Ainsi les fibres nerveuses qui courent dans les nerfs périphériques sont pour la plupart myélinisées.
L’axone,fin prolongement du neurone transmet l’information nerveuse « électrique ». Il est recouvert d’une gaine de myéline qui l’isole électriquement. Cette gaine est discontinue car elle est formée de segments successifs de taille identique pour un même axone. Chaque segment correspond à la gaine de myéline formée par une seule cellule myélinisante du nerf périphérique, la cellule de Schwann (de Théodore Schwann, physiologiste Allemand du 19e siècle). La région de l’axone qui est mise à nue entre chaque segment de myéline est très importante car c’est à cet endroit que l’information « électrique » de l’axone va se propager. Ces régions sont nommées nœuds de Ranvier (de Louis Ranvier, physiologiste français du 19e siècle).

La discontinuité du gainage est la condition essentielle d’une conduction nerveuse optimale. En effet les êtres vivants ne pouvant produire un courant continu, les neurones produisent des impulsions (potentiels d’action) qui sont régulièrement régénérée afin qu’elles atteignent leur but sans s’éteindre en route. Sur de longues distances, c’est-à-dire sur l’axone, cette régénération est essentielle et elle représente un coût très élevé pour le neurone. Pour permettre la propagation des impulsions dans de meilleures conditions, l’isolation par la gaine de myéline empêche l’affaiblissement des impulsions et la machinerie moléculaire nécessaire pour leur régénération est concentrée dans les nœuds de Ranvier. Ainsi les impulsions sautent rapidement et sans perte d’un nœud de Ranvier à l’autre sur un même axone myélinisé. Sans la myéline, l’influx nerveux ne  peut se propager sur de longues distances et l’information se perd avant d’atteindre son but.

La myéline de la cellule de Schwann

La cellule de Schwann qui produit la myéline du nerf périphérique provient des cellules souches des crêtes neurales lors du développement embryonnaire. Elle reste associée aux axones des neurones périphériques tout le long de la migration axonale vers les cibles (les muscles pour les neurones moteurs et les organes et la peau pour les neurones sensitifs). Lorsque les axones ont atteint leurs cibles, les cellules de Schwann embryonnaires donnent naissance à deux types de cellules de Schwann définitives : les cellules non-myélinisantes qui couvrent les petits axones sensitifs et les cellules myélinisantes qui vont recouvrir les gros axones moteurs et sensitifs.
Ces cellules de Schwann myélinisantes vont commencer à s’enrouler autour des axones formant des spires successives comme du papier cadeau enroulé autour du tube de carton. En parallèle la cellule s’étend sur l’axone jusqu’à atteindre parfois 1 à 2 millimètre de long (sur 0.02 millimètre d’épaisseur). Sachant qu’une cellule type de l’organisme est longue de 0.05 millimètre, les cellules de Schwann myélinisantes sont parmi les plus longues de l’organisme. Sur tout le long de l’axone les couches successives de cellule vont progressivement se compacter grâce à une composition en lipide et en protéine très particulière. Cette compaction va créer la myéline compacte étanche aux ions et aux électrons qui agira comme la gaine électriquement isolante sur l’axone. A côté de la myéline compacte une partie de la cellule va rester non compacte afin de « nourrir » la très longue cellule et de permettre d’établir des liens entre ses différentes parties.

Le processus de myélinisation périphérique commence un peu avant la naissance chez l’homme et va se poursuivre jusqu’à la fin de l’adolescence quand le corps atteint sa taille adulte. C’est la dernière étape qui conclut la mise en place du système nerveux chez les mammifères.

A côté du rôle de gaine isolante qui est connu depuis les années 1950 environ, les chercheurs ont suggéré un autre rôle pour la cellule de Schwann à partir des années 1980. En effet la cellule de Schwann semble aussi être essentielle pour « entretenir », «nourrir » ou « soigner » l’axone. Ce rôle reste mal connu mais il semble critique dans de nombreuses maladies du nerf. En effet la « symbiose » entre la myéline et l’axone qu’elle recouvre pourrait être telle qu’un problème cellulaire plutôt anodin dans un des partenaires aurait des conséquences désastreuses sur l’autre partenaire.

Dr Nicolas Tricaud chercheur à l’INSERM de Montpellier, membre du conseil scientifique de l’AFNP.

Lien vers le laboratoire de recherche: www.inmfrance.com/Avenir_2.php

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